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Lettre à mon Enfant Intérieur: Aïssé

Dernière mise à jour : 27 avr. 2023

Lettre à mon Enfant Intérieur est une nouvelle catégorie sur le blog de Vibe avec ton Enfant Intérieur.

L'intention ?


Partager des mots magiques pour transformer nos maux de peine grâce au pouvoir de la communauté. Je crois profondément que nous sommes les miroirs les uns des autres et que parfois, nous pouvons trouver des réponses à nos questions et à nos douleurs dans nos histoires respectives.

Lettre à mon Enfant Intérieur est une nouvelle ressource pour t'aider à y voir plus clair dans ta propre relation à ton Enfant Intérieur tout en te rappelant que tu n'es pas seul.e et que tu ne l'as jamais été.


Belle lecture

Ps: si tu souhaites échanger avec moi pour identifier comment prendre soin de ton Enfant Intérieur, tu peux booker un appel d'initiation offert de 30 minutes. C'est gratuit 🤙🏾


Valérie, coach en Enfant Intérieur & more

 

Dans l'épisode 17 du podcast Vibe avec ton Enfant Intérieur, j'ai eu l'honneur de recevoir Aïssé N'Diaye, fondatrice de la marque Afrikanista.




Dans cette lettre très intime et personnelle, Aïssé se prête au jeu de la lettre à son Enfant Intérieur et nous partage son amour pour cette petite fille.

Attention, dans cette lettre Aïssé nous parle de violences sexuelles. Consulte ton Enfant Intérieur avant de continuer à lire ce texte.


Ma chère Aïssé,

J'espère que tu vas bien et que tout se passe bien de ton côté.

Je t'écris cette lettre pour te dire que je t'aime, que je suis là pour toi et que tu pourras toujours compter sur moi.

On est ensemble ma ptite go ! On est ensemble, pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la mort nous sépare.

Je m'excuse de ne pas avoir pas pris le temps de te comprendre et de t'écouter durant ces nombreuses années où tu pleurais par intermittence dans mon esprit.

Ou tu apparaissais dans mes rêves, les larmes perlant le long de tes joues sur ton si joli visage.

Je sais et je connais ta souffrance. Celle d'une petite fille qui, à l'âge de neuf ans, a vécu ce qu'aucun enfant ne mérite de vivre: une agression sexuelle suivie d'une tentative de viol.

Vois-tu, j'avais envie d'oublier cette fameuse nuit où notre oncle, ce salopard, a osé te toucher, glisser ta ptite culotte sur le côté pour coller son pénis contre ton pubis d'enfant.

Où tu te crispais et où, les yeux écarquillés, tu pleurais en silence en priant pour que nos parents surgissent dans le salon... Malheureusement, les choses ne se sont pas passées comme ça.


J'avais envie d'oublier ce lendemain où tu as demandé à maman, au moment où elle t'a fait prendre un bain, de te frotter fort car tu te sentais souillée dans ta chair.

Ce moment où tu lui a sauté au cou et où tu as pleuré comme jamais auparavant.

Je t'ai rangé dans un tiroir au fin fond de mon subconscient.... Pour faire un blackout complet durant des années.


Cet épisode m'a fait perdre confiance en moi, moi qui était un enfant solitaire, je me suis renfermée encore plus sur moi-même: toute interaction avec le monde extérieur était une épreuve caractérisée par une timidité devenue maladive avec le temps. Je pleurais souvent en silence, sans avoir conscience que tu pleurais aussi. Les seuls moments où je pouvais me sentir bien et libre, c'était à travers la lecture, notamment la littérature et les contes, où je prenais un malin plaisir à m'évader, à rêver et à me fondre dans la peau des personnages principaux.

Je dessinais beaucoup. Écrivait beaucoup. Toute ma peine était couchée sur le papier, dans mon journal intime, caché en dessous de mon matelas, sur mon lit superposé, qui pour moi s'apparentait à un vaisseau spatial.


Et puis vint ce jour où, quand j'avais dix-huit ans, Feinda, notre petite sœur cadette, découvrit mon journal intime et le lut dans son intégralité. Ce soir-là, en allant au lit, elle me demanda si ce que j'avais écrit était vrai, et j'ai acquiescé de la tête. On a pleuré ensemble et pour la première fois, un membre de ma famille comprenait notre douleur intérieure. Feinda, qui avait quinze ans à l'époque, m'a conseillé de tout raconter à nos parents. J'étais terrifiée à l'idée de dévoiler cette hideuse vérité. Comment ces derniers allaient réagir ? Allaient-ils me croire ? Allaient-ils convoquer mon oncle ?


Finalement tu m'as aidée à prendre courage et à le dire à maman. Je tremblais de tous mes membres, mais j'ai eu la force d'aller voir notre mère dans sa chambre et à lui dire que je voulais lui parler.

Je me suis assise sur le rebord du lit et j'ai pleuré, j'ai bégayé. Mais j'ai réussi. On a réussi. Dévoiler notre secret. Maman a pleuré. Elle avait la rage, elle qui a toujours détesté mon oncle.

En un instant, elle a compris mes crises de colère quand il était là, mon silence de plusieurs jours, mon refus de lui servir du thé quand il venait à la maison. Elle s'est excusée de ne pas avoir su me protéger. Elle prit son portable et appela mon père, qui était chez ma deuxième maman à ce moment-là. Ma mère avait la rage, lui hurla dessus en lui disant ce que mon oncle m'a fait.

Je crois que je n'ai jamais vu papa si abattu. On aurait dit que le monde lui était tombé dessus. Il m'a demandé de tout lui raconter. Je pleurais, je bégayais mais j'ai réussi à tout lui dire. On a réussi à tout lui dire. Je pense qu'à ce moment-là, tu as dû être soulagée, tout comme moi.


Malheureusement, papa nous a tué. Un coup de poignard aussi profond qu'une lame de rasoir. Il a osé nous dire, à moi et à toi intérieurement, d'oublier cet incident, même si ce que j'avais subi était grave.

Je ne savais pas s'il avait conscience de ma souffrance, de notre souffrance à toutes les deux. J'ai couru vomir dans les toilettes, nos toilettes aux murs bleus. Je me suis assise sur la cuvette des toilettes, en pleurs... A quoi bon vivre quand les deux êtres les plus importants de notre vie minimisent cet évènement ? J'ai pensé au suicide, je sentais que mon coeur était devenu trop lourd à porter à ce moment-là. Je pense que tu étais inconsciente, car je me voyais au sol, inanimée.


Je n'avais pas dormi de la nuit. J'ai commencé à en vouloir à mon père à partir de là. Il fallait que je parte loin d'ici, de chez moi, de ma famille, de ma cité, de ma ville.

C'était soit ça, soit le suicide. J'ai choisi de vivre. Vivre pour me libérer de ce poids, de ce poison qui me tuait à petit feu.


J'ai orchestré ma fuite, j'avais tout prévu. Une ancienne camarade de classe, Kelly, avait une voiture. J'avais trouvé un foyer pour femmes seules à Saint-Denis. J'avais réussi à trouver une chambre, trouvé un boulot en tant qu'auxiliaire de vie. Une fois les clés de ma chambre en poche, un beau matin , j'ai fui.

J'ai fui, avec ce sentiment d'avoir abandonné mes petits frères et sœurs. Je savais qu'en grandissant, ils/elles allaient m'en vouloir. Mais je savais qu'un jour, je leur dirai la vérité.


Ma ptite go, on en a fait du chemin, bon gré, mal gré. Je t'ai oubliée, je t'ai rangée dans un tiroir au fond de mon subconscient. Je crois que tu ne l'as pas supporté, car malgré les années passées, tu continuais de souffrir, toujours en silence. Parfois, tu apparaissais dans mes cauchemars; parfois, tu m'emfumais le cerveau. Dans ces moments-là, je pense qu'écouter du Erykah Badu ou du Lauryn Hill te faisait énormément de bien car cela t'apaisait. Et tu disparaissais à nouveau, dans les tréfonds de mon cerveau.


Et puis tu es revenue, pour de bon cette fois-ci, au mois de mars 2019. Un matin, en me préparant à aller au boulot, je me suis effondrée dans ma salle de bain. Je suis tombée dans les pommes.

Fatiguée, épuisée moralement. A partir de ce jour, tu ne m'as plus lâchée. Toutes les nuits, tu hurlais dans ma tête, en me disant que tu étais là et que tu ne me lâcherais plus jamais.

Toutes les nuits, je te voyais revivre la scène de cette nuit; à chaque fois que je voyais notre oncle te toucher, me toucher, je vomissais immédiatement.

Je recommençais à pleurer, je ne faisais plus le ménage, ni la vaisselle. Je n'avais plus la force d'aller travailler. Je n'avais plus la patate pour créer, moi qui étais devenue une créatrice d'une marque de vêtements. Je me suis renfermée sur moi-même, telle une huître. Un jour, n'en pouvant plus, j'ai appelé maman, je lui demandé de l'aide. Heureusement qu'elle était là. Elle vint à la maison, fit le ménage, me fit à manger. Elle m'emmena chez une psychologue. A ce moment-là, je n'étais plus moi-même. On m'a conseillé des anti-dépresseurs que j'ai pris et qui m'ont rendu stone pendant une semaine.

Je me sentais comme un légume, je sentais mon cerveau emprisonné dans un corps que je ne contrôlais plus. Je mangeais pour noyer mon chagrin. Je prenais du poids à vue d'œil. J'étais fatiguée.

Tu étais en colère. En colère contre moi, qui me laissait mourir à petit feu.


Dieu merci, en janvier 2020, après avoir consulté plusieurs psychologues, j'ai enfin trouvé ma fée clochette. Une femme noire, comme moi, comme nous.

Une femme qui comprenait notre souffrance commune et qui allait enfin nous aider à guérir. Il y'avait de l'espoir. On va enfin panser nos plaies.

Ma psychologue a réussi à nous mettre face à face, toi et moi, et à partir de là, j'ai appris à mieux te connaître, à mieux te comprendre.

Et puis un matin, je me suis mise à ton niveau et je t'ai écoutée me parler. Tu m'as confié tes peurs, ta colère durant toutes ces années. On a pleuré ensemble et j'ai compris qu'à travers toi, j'en ai voulu à tous les hommes qui ont croisé ma route, durant toutes ces années. Parce que j'en voulais à papa.


Le premier homme dans la vie d'une femme, c'est son père. Si les rapports sont biaisés dès l'enfance, alors inévitablement, le rapport avec les hommes à l'âge adulte va forcément être compliqué.

J'ai été en colère contre beaucoup d'entre eux, d'autres m'ont aidée du mieux qu'ils pouvaient, en m'enveloppant de leur amour. En réalité un amour thérapeuthique, qui avec le temps, était devenu bien trop pesant pour leurs épaules. Un amour qui s'est étiolé, telle une fleur fanée. Avec le temps, j'ai appris à pardonner à notre père. Après tout, il n'y était pour rien.... Aucun parent n'est préparé face à ce type d'épreuves, mais néanmoins, j'aurai aimé qu'il me soutienne. Jusqu'à aujourd'hui, il est dans le déni, mais je ne lui en veux absolument pas. Ah les papas africains !!!

J'ai compris aujourd'hui que ma santé mentale était devenue une priorité, ma priorité, notre priorité. Sans cela, rien ne va.

Penser, pour mieux se panser. A travers des loisirs, des choses qu'on aime faire. Pour nourrir l'enfant intérieur qui est en nous, cette version de nous enfant qui ne demande que de la compréhension, de l'amour et qui nous veut du bien.



A toi ma chère Aïssé, je te promets de prendre soin de toi, comme jamais je ne l'ai fait auparavant.

J'ai senti tes larmes de joie, le jour de notre anniversaire, à Londres, dans ce salon de thé où mon amoureux m'a fait la surprise en m'emmenant là-bas. Je sais que ça t'a rappelé "Alice aux pays des merveilles" de Walt Disney, l'un de tes dessins animés favoris. Ma passion pour le thé et les théières viennent de là. J'avais les larmes aux yeux, tant le lieu était beau et féerique à la fois. Je sais que tu as apprécié le lieu à travers tes larmes de joie; moi j'avais les yeux qui brillaient et j'étais heureuse pour nous deux.


Je te remercie de m'aider à ce que l'on panse nos traumatismes ensemble. Je te remercie qu'on prenne le chemin de la guérison ensemble. Je te remercie de me redonner l'envie de créer et ce, ensemble


 

BONUS ! Découvre l'inteview que j'avais réalisé avec Aïssé il y a 2 ans sur le thème de l'art et de la créativité.


Si tu as vécu une histoire similaire ou es victime de violences physiques ou sexuelles, le site arretonslesviolences.gouv.fr regroupent de nombreuses ressources pour t'accompagner


Le 3919 est le numéro de Violences Femmes Info. C’est un numéro d’écoute national destiné : - aux femmes victimes de violences - à leur entourage - aux professionnels concernés


Anonyme et et gratuit, il est accessible depuis un poste fixe et un mobile en métropole et dans les DOM.

Ce numéro permet d’assurer une écoute et une information, et, en fonction des demandes, effectue une orientation adaptée vers dispositifs locaux d’accompagnement et de prise en charge. Le 3919 n’est pas un numéro d’appel d’urgence.



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